Le Prestige

Publié le par Matosy

Lorsque je lançais le film dans mon lecteur dvd, je n'espérais pas grand chose. La bande annonce et le pitch du film ne m'avait pas vraiment convaincu. Deux prestidigitateurs du début du 19ème siècle se tire la bourre pour savoir qui sera le meilleur. C'est ainsi que j'avais senti le film, sans avoir prêté attention à l'alléchante distribution ni au réalisateur. Robert Angier et Alfred Borden, respectivement campé par Hugh Jackman et Christian Bale, sont deux jeunes prestidigitateurs qui souhaitent plus que tout obtenir grandeur et gloire. Mais alors que cette compétition aurait put être saine, un drame les opposes à tout jamais, les jetant dans un combat sans pitié qui les conduira au sommet de leur art et jusqu'aux confins de la noirceur de leurs âmes.
Comme il serait réellement odieux de vous dévoiler un tour de magie avant de l'avoir vu, je vais tenter de vous exposer des éléments dématérialisés du film.
La réalisation tout d'abord, est d'une parfaite "neutralité". Elle sert habilement le discours, restant au service de l'histoire, sans jamais tenter de s'affranchir ou de sur-qualifier ce que le scénario nous expose. C'est une marque de fabrique chez Christopher Nolan, démarche ou il excelle dans Memento.
En regardant le reste de sa filmographie, il vous sera facile de capter l'ambiance du film. Prenez Memento, Batman Begins ou The Dark Knight (et dire que je détestait Batman avant ça), et vous aurez une bonne idée de la noirceur qui entoure le film ainsi que de la qualité de la représentation de l'essence des personnages. On a droit à un voyage introspectif et empathique réussis avec chacun des personnages principaux, même si l'on aimerait parfois un poil plus de finesse dans la réalisation.
Il est amusant à interpréter le film en le transposant au domaine cinématographique, exercice finalement si proche de celui de la prestidigitation.
Les trois lois de la prestidigitation inventées par l'auteur du roman éponyme de Christopher Priest peuvent être approchées du cinéma.
La promesse, où le prestidigitateur vous présente une action ordinaire qui ne le sera pas.
Le tour, où cette scène banale ou cet objet est transformé.
Le prestige, le climax du tour, l'élément ultime qui rend le tour extraordinaire... magique.
N'est ce pas du cinéma? La bande annonce, la pochette, le simple fait d'entrer dans une salle obscure et la séquence d'introduction ne sont-elles pas la promesse? Le tour n'est-il pas le film en lui même, au moins jusqu'à sa dernière scène, et cette dernière scène, n'est elle pas le prestige, l'instant qui, s'il est réussis vous amènera au point magique ou votre coeur et votre esprit auront une empathie telle avec cette illusion cinématographique que vous pouvez y croire? Les choses vous seront apparus avec une telle intensité, aussi extravagantes soient elles, qu'elles vous auront provoqué des sentiments et des impressions.
Cette idée amène a transposer également la question principale du film à son réalisateur et plus loin encore, à nous même. A quel sacrifice est-on capable de se plier pour atteindre un but, qu'il soit louable ou non, et jusqu'à quel point se doit-on de l'imposer à ceux qui nous entourent?
Le film, même s'il ne bénéficie pas d'un tel "prestige", nous amène à nous poser quelques questions dérangeantes.
Malgré tout, s'il on est un peu perspicace, le "tour" le plus important du film s'évente à peu prés à la moitié de celui-ci. Malgré tout, le discours riche et la quête magique auprès de Nikola Tesla (incarné par un étonnant David Bowie) ainsi que les interventions de Cutter (un toujours excellent Michael Caine) suffisent à nous tenir jusqu'à la fin, vers d'ultimes surprises auxquels on ne s'attend peut être pas.

Maintenant, si vous n'avez pas vu ce film, essayez de le voir avec un oeil attentif pour ne pas vous faire berner, et confrontez-vous à cette question troublante qu'est: jusqu'où êtes vous prêt à aller pour obtenir ce que vous souhaitez le plus? Et surtout, arrêtez ici cette lecture déjà bien longue pour ne pas vous gâcher un excellent tour car dans les prochaines lignes, je vais dévoiler quelques éléments importants de ce "prestige".

Vous qui avez vus le film, avez-vous comme moi était floué? Ce réalisateur, que j'ai qualifié plus haut de, "manquant de finesse", n'est-il finalement pas plus malin et facétieux qu'il n'y parait? A-t-il réussis à vous faire croire à la magie, à vous faire penser que dans son film il était possible de cloner des objets et des êtres comme on les ferait sortir d'un chapeau? As t-il finalement atteint le prestige?
Et bien pour ma part oui, et je n'en aurais rien su si une phrase aperçu sur le net ne m'avait mis la puce à l'oreille. Un véritable prestige, selon l'exact définition qu'il en est fait dans le film. J'ai cru à la machine de Tesla grâce à la preuve ultime et malsaine que l'on a dans les derniers plans du film. Qu'est ce qui ressemble le plus à un chapeau qu'un autre chapeau, à un chat noir qu'un autre chat noir, à un cube de verre transparent ou flotte quelque chose qu'à un autre cube de verre... Ahhh, tiens... Pourquoi diable n'a t'on pas vu tout ces cadavres. L'ultime illusion ne serait-elle pas de faire croire à un illusionniste - et au spectateur du même coup - que la science peut être magie et, comme il se doit, ne jamais en révéler le truc?
Je vous invite donc à revoir ce film, pour vérifier si oui ou non, il y a une véritable preuve  visible et non rapportée  ou supposée de cette multiplication des pains...
A moins que ce ne soit moi, qui m'essaye à vous faire une Promesse après avoir écris ce Tour pour tenter d'atteindre le Prestige...


AbracadaSylc


Contrairement à l'habitude, ce n'est pas une critique à chaud que je vais faire cette fois. En effet, j'ai vu le Prestige avant la création de MaToSy à l'occasion de sa sortie à la location. En toute honnêteté ça ne m'a pas fait de mal de relire l'article de Sylc pour me remettre dedans, car sans en avoir gardé un mauvais souvenir, loin de là, je n'ai pas non plus été marqué au point de me souvenir de plus de quelques scènes, de l'ambiance bien travaillée et des deux personnages rivaux à l'ego impressionnament destructeur.
Alors, maintenant que j'ai creusé au plus profond de ma mémoire, et que mes souvenirs deviennent moins flou, je vais essayer de compléter l'avis de Sylc par mon ressentit.
Le prestige situe son action au début des années 1900. A cette époque où tout semble possible, deux illusionnistes s'affrontent pour la reconnaissance ultime. Leurs rivalité les poussent à être sans cesse à la recherche d'un meilleur numéro mais aussi à se discréditer mutuellement en dévoilant les secrets des tours de l'autre. Ils vont tout au long de l'histoire aller de plus en plus loin dans ces deux directions.
L'intérêt du film repose sur la rivalités folle des personnages, admirablement interprétés par Hugh Jackman et Christian Bale, que l'ont voit inexorablement glisser vers les limites qu'ils savent ne pas devoir dépasser. Le jeu des acteurs est rehaussé par la présence des costumes liés au contexte historique, qui contribue grandement à l'immersion du spectateur et à la création de cette ambiance si particulière. Tantôt légére et feutrée, mais aussi parfois lourde et rugueuse.
Le prestige est un bon film pour plusieurs raison, et je n'aborde même pas l'originalité de l'histoire, ha si je viens de le faire, alors pourquoi ne m'a-t-il pas laissé un souvenir plus marquant?
Peut-être, simplement parce que je ne partage pas l'avis de Sylc sur le "prestige" généré par les inventions de Tesla. J'essaye de  rester suffisamment vague pour ne pas gâcher l'histoire de ceux qui ne l'aurait pas vu mais il est tout de même préférable d'arrêter de lire ici par précaution si vous ne l'avez pas encore vu. La magie c'est l'illusion, la science c'est la réalité. Un tour de magie qui n'en serait pas un n'a plus le même intérêt. Ce qui est fort dans une illusion c'est que l'on a la certitude que s'en est une et que l'on est abusé quand même. On a beau le savoir, et chercher, on ne comprend pas. Enfin pas toujours. Et c'est bien là qu'est tout l'attrait. Si l'illusion deviens réelle, c'est paradoxalement là qu'il y a tromperie.
Pour moi ce film se perd lors de la découverte de Tesla mais reste très agréable à regarder alors n'hésitez pas. Faites vous votre propre avis.

Bon film.

Karvak
Et... Hop!

Publié dans Critiques

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Karvak 19/06/2009 22:38

Pas c*n...
J'avais oas pensé a la malhonnétteté éventuelle de Tesla...
Faut vraiment que je revois ce film!

Sylc 18/06/2009 02:38

Attention, SPOIL A MORT:
Pour ce qui est de l'adaptation, ayant été \"validée\" par l'auteur du bouquin, on peut penser qu'il soit un minimum fidèle (rapport à l'éventuelle comparaison).
Maintenant en ce qui concerne les preuves, à l'exception du plan de fin très explicite, mais pourtant discutable sur certains détails et notamment le commentaire qui en est fait en parallèle, les autres preuves ne sont que indirect. Toutes pourraient être créé aisément par des arnaqueurs de génie, le premier cherchant des fonds auprès de gens crédules pour poursuivre des recherches, le second utilisant une machine à spectacle sans effet réel (une simple machine à éclair, qui est finalement déjà présenté durant un salon d'ou les spectateurs fuit de peur, sauf un illusionniste... tiens, le parallèle avec Méliès est intéressant) pour embellir l'habillage d'un tour qu'il perpétrait déjà plus tôt avec un accolite alcoolique qui pourrait être capable de le suivre dans la tombe (à son insu bien évidemment). Tout le film se basant continuellement sur la lecture ou la transmission de récit qui se révèle trompeur, jusqu'à quel niveau de lecture pouvont nous l'appliquer?
Christopher Nolan étant un habitué du récit trompeur pour berner ses personnages ou son spectateur (cf Memento ou Batman Begins, pour ceux que j'ai vu), il me plait à penser que le réalisateur est capable de nous berner jusqu'au bout sans nous en donner le truc, ce qui n'est que la démarche habituel d'un illusionniste.

Karvak 16/06/2009 22:24

Vu que l'adaptation n'est pas forcément fidèle à 100% au livre, je ne vois pas en quoi la lecture du livre pourrai nous éclairer.
Cela dit, je me demande vraiment ce qui peut te faire douter de la "réalité" du bon fonctionnement de la machine de Tesla... J'ai beau chercher dans ma mémoire mais je ne vois que des preuves de son bon fonctionnement. Un fonctionnement pas tout à fait comme il aurait fallu, mais un fonctionnement incroyable quand même. Moi ce que j'en ai compris c'est que même si la machine ne marchait pas comme prévu, avec cet "aléas" si particulièrement gênant, l'illusionniste faisait le choix de s'en servir tout de même et prouvait par la même qu'il était prêt à tout.
Non franchement, j'ai beau chercher. Entre les chapeaux, les chats, et les bassins "garni" je ne vois pas où tu peux aller chercher un quelconque support à ta thèse...
Ca me donne presque envie de le revoir tiens...

Sylc 15/06/2009 21:36

J'aurais probablement du être plus clair, mais on a pas du tout vu Tesla de la même manière.
Pour moi, et parce qu'on en a aucune véritable preuve (aucune preuve qui ne soit rapporté par quelqu'un qui est déjà fortement habitué à créer des illusions) que la machine de Tesla fonctionne. Pour moi, ce n'est qu'une machine à faire des éclairs sur scène.
Perso, mais rien ne prouve non plus cette théorie dans le film, et c'est là ou l'illusion sur le spectateur est excellente, la machine de Tesla n'est qu'une énième illusion parmi celle que les deux protagonistes ne cessent de créer pour se tromper.
Cela dit, pour en être plus sûr, de l'une ou de l'autre vision, il faudrait se manger le bouquin, et même si j'ai apprécié le film, ça me tente moyen.

Karvak 15/06/2009 21:15

Pour préciser un peu plus, et "spoiler" un peu plus aussi du coup, je dirai que la rencontre avec Tesla marque un tournant dans le film auquel j'ai eu du mal à adhérer.
Cette rencontre provoque un basculement du film dans la SF qui n'apporte rien à l'intêret de l'histoire qu'une poursuite de l'escalade vers le tours parfait "traditionnel" n'aurait pu apporter. L'effet produit est même de l'ordre de la diversion puisqu'il nous détourne des thématiques précédemment abordées et nous entraine dans l'irréel.
Dommage...