Des fleurs pour Algernon

Publié le par Sylc dans le labyrinthe... comme tout le monde..


http://www.prixdvd.com/dvd_video/series_tv/telefilms/photos/des_fleurs_pour_algernon_.jpgDes fleurs pour Algernon
Réalisé par David Delrieux
Avec Julien Boisselier, Hélène de Fougerolles

Une fois n'est pas coutume, ne parlons pas de cinéma (encore que tout est relatif). J'avais reculé la vision de ce téléfilm un bon moment. Une prod franco européenne,un téléfilm France tv, il y a de quoi avoir les foies, surtout lorsque l'on connaît le roman.
Il y a des livres que l'ont croisent dans la vie et qui vous changent, tout simplement (on reparlera certainement un de ces quatre de catharsys). Le roman de Keyes est l'un de ceux là. Il m'a rendu mal à l'aise pendant les deux semaines qui ont suivis sa lecture et son souvenir me fouette toujours de temps en temps l'esprit, au même titre que 1984 ou Fahrenheit 451. Le roman avait déjà été adapté, une fois en 1968 sous le nom de Charlie (je viens de l'apprendre) et une "malheureuse" fois en 1991 avec Le Cobaye. Bien que j'adore ce dernier, c'est un véritable massacre de l'oeuvre de Keyes que je ne connaissais pas encore lors de sa vision (sans parler de la navrante publicité "d'après Stephen King" qui ne rend justice à aucun des deux auteurs).

Que dire, pour revenir à nos moutons (à nos souris devrais-je dire). Bien que l'interprétation de Julien Boisselier soit plutôt mécanique et difficile à adopter durant les premières minutes du film, on se laisse aisément embarquer. David Delrieux s'affranchit habilement de la difficulté majeur du roman, écris comme un rapport journalier de l'évolution d'un attardé par lui-même à qui l'ont "offre" la possibilité de subir une expérience scientifique qui lui permettra de développer son intellect. D'une mise en scène profondément classique, on suit l'évolution physique et intellectuel de Charles, interprétation à chaque scène de plus en plus convaincante nous conduisant dans les méandres des différents ressentis dans chaque étape de l'expérience.
On a l'impression de suivre l'histoire de très "haut", en véritable spectateur, à aucun moment pris par la main pour nous identifier au personnage, ce qui provoque l'effet inverse. C'est très efficace, on semble nous laisser le choix de réfléchir à cette condition de plus en plus complexe et aliénante qui s'empare de Charles. J'en suis venus à me demander si ma lecture du roman n'influençait pas positivement mon ressentis du film, bien qu'en général ce soit l'inverse qui se produise. Alors émettons l'hypothèse que le film soit réellement bon.

Évidemment, pour les puristes, les choix de Delrieux sur le déroulement final du scénario apparaissent plutôt discutables, il est pourtant étrange que sur des décisions différentes, les mêmes impressions transparaissent. Il n'y a pas un instant ou l'on est pas tiraillé par un sentiment dérangeant. Tout d'abord une pitié attendrissante, peut être le sentiment le plus simple pour nous accrocher, puis, sous couvert d'impressions différentes, un panel non négligeable de solitudes, de frustrations et d'isolements divers qui supplantent rapidement les joies de la découverte de l'intelligence. Je ne vous décrirais pas le dernier sentiment de l'histoire, bien plus fort évidemment dans le roman, qui vous plombera l'esprit avec du gros calibre et vous laissera assurément sur le carreau.

Alors finalement, parfois, avec un pauvre téléfilm France 2, on a un aperçu de ce qu'est une vrai expérience de cinéma.

Pour ceux que l'expérience télévisuelle ne tenterait pas, courrez tout de même dans une librairie, un bouquiniste ou une brocante (si vous êtes sûr de retrouver le chemin du retour) et plongé dans ce roman majeur.
Prenez tout de même garde, vous pourriez ne jamais réellement en ressortir.

Publié dans Critiques

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Luna 01/09/2011 16:12


Ce livre est un véritable coup de coeur pour moi aussi ! C'est dingue de voir tout ce que Charlie subit et traverse... je ne pense pas que quelqu'un puisse rester insensible devant ce livre !


Sylc 14/03/2009 16:15

Enfin gardé au chaud, c'est relatif, disons que je ne l'avez pas vu, que je l'avais évité à la diffusion en télé, et au détour du vidéoclub...

Karvak 14/03/2009 13:34

Wah!
Ca fait peur ce film. Un téléfilm france 2 qui aurait l'effet d'un Nécronimicon!
En tout cas, ça donne envie.
;-)
Je savais que j'avais quelques lecture de retard mais là j'ai carrement honte...

Furax 14/03/2009 10:22

C'est clair que le livre est Majeur.

Si le hasard fait que je croise une rediffusion de ce téléfilm je le regarderai... Et on aura appris que Sylc garde au chaud des téléfilms France 2 pour les mater plus tard si ça c'est pas surprenant ! Bon en même temps vu le titre du téléfilm c'était dur de ne pas le garder au chaud ...

Pour ceux que ce bouquin et/ou film ont touché je vous engage à aller plus loin.

Pour les lecteurs lisez de Henri Laborit "Eloge de la fuite". C'est aussi un livre Majeur, enfin dans mon panthéon personnel des livres majeur :)

Pour les cinéphiles regardez d'Alain Resnais "Mon oncle d'Amérique" auquel je dédierai un post un jour. J'adore ce film car il met en parallèle des situations humaines et les comparent aux comportements de rat de laboratoire, édifiant et riches d'humilité pour les bipèdes inachevé que nous sommes. Ce film est basé sur les écrits de Laborit eux même inspiré de la théorie de MacLean que je vous résumé ci après :
Il y a 3 niveaux cérébraux, le "reptilien" qui gère la survie et la consommation (boire/manger/copuler); le "mammifère" qui gère la mémoire et le comportement de récompense; le "humain" ou néocortex qui permet d'associer les idées venant d'expérience plus abstraites.

Ce qui est marrant dans cette théorie c'est que le cerveau "humain" ne servirait qu'à tenir un discours cohérent pour justifier les actes de nos deux premiers cerveaux et donc de notre comportement...

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